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Deux semaines plus tard, le vide n’est toujours pas comblé. Irocco, mon premier rat, s’est envolé le 4 septembre, le lendemain de ses deux ans. La tristesse reste encore l’émotion dominante. Les larmes coulent tandis que les souvenirs sont là, insaisissables mais bien présents, et nous rappellent la réalité, accompagnés des musiques mélancoliques.
D’abord, il y a le fait qu’il ait été le premier. Comme en amour, le premier est toujours spécial, et pour une raison principale à mes yeux : notre premier nous permet de découvrir. On a beau lire, se renseigner, demander des conseils, notre propre expérience, elle, se construit et s’embellit grâce à ce premier. On pense connaître comment ça fonctionne, mais on reste toujours surpris par la tournure des événements. Oui on avait lu qu’il pouvait se passer telle ou telle chose, mais quand cela se passe pour nous, pour la première fois, c’est comme si l’on entrait dans un autre monde, on se fait notre propre idée que rien ne devait précéder. On découvre, tout simplement, comme lorsque gosse, on découvrait des choses merveilleuses, fantastiques, qui embellissaient notre vie. On découvre les inconvénients, car il y en a toujours, mais aussi les qualités : quand on rentre des cours ou du travail, il y a cette bête qui nous attend, cette bête qui nous aime, et surtout cette bête en laquelle on a donné toute notre confiance, puisqu’étant novice en la matière, on se devait de tout placer dans ce petit cœur au rythme rapide. Le premier c’est un peu comme quelqu’un qui nous montre la voie, nous tenant par la main, ou plutôt par la patte. C’est avec le premier qu’on se rend compte de ce monde qui existe sous nos yeux, monde qu’on parcourt, jusqu’au jour où… D’autres viennent, après l’arrivée ou le départ du premier, c’est selon, on les aime aussi, plus ou moins, mais le premier c’est celui avec qui on a tout partagé et compris. Alors quand il part, c’est un morceau de notre expérience qui part avec : maintenant que les bases sont acquises, on va continuer à tâtonner dans ce qu’on n’a pas encore approprié, mais c’est un peu comme si on faisait une sortie sans notre meilleur ami. Quelque chose manque, pour compléter et rendre parfait ce qui est.
Et il y a aussi le fait qu’il ait été un animal. Aimant, confiant en nous, quoiqu’il arrive. Tous ses moments partent en même temps. On en a encore des bribes que nous rappellent les photos, mais on n’a plus devant nous la fourrure qu’on a eu tant de mal à laver, les griffes qui nous ont fait tant de cicatrices sur les bras, les moustaches qui nous chatouillaient le cou… Qu’on ait passé avec lui la majeure partie de nos journées ou bien juste une heure, il y aura toujours des souvenirs, plus ou moins nombreux, plus ou moins forts. On a partagé un bout de notre vie avec un animal, qu’on n’oubliera jamais, mais qui est parti. Le sourire peut revenir quand on repense à des événements marrants, notre cœur se remplit quand on se souvient de l’énergie qu’il mettait lorsqu’il claquait les dents de contentement ou à nous faire la toilette. Ce passé n’est plus ainsi que la boule de poils, et dans le même temps, le futur s’écroule. Tous les projets qu’on s’était mis en tête, tout ce qu’on comptait faire, un jour ou l’autre, en se disant qu’on aura le temps, en se disant qu’il faut attendre encore un peu, en croisant les doigts pour qu’il arrive intact jusqu’au bout. On voulait avoir une mini-crotte de poils, mais la vie ne nous l’a pas permis ; on voulait encore partir en vacances avec, on n’en aura plus l’occasion. Il y avait encore tellement de choses qu’on voulait partager, mais qui nous sont maintenant impossibles, et ce quelle qu’ait été l’animal.
Enfin, subsiste encore et toujours le doute, quoi qu’on nous a dit, quoi qu’on s’en est persuadé : « Est-ce que j’ai bien fait ? ». Une question dont on n’aura jamais la réponse, puisque la parole n’est accordée qu’aux humains, et qu’on n’a pas toujours l’occasion de la poser. L’euthanasie déchaîne les avis en ce qui concerne l’homme, mais en ce qui concerne les animaux, c’est toujours la même chose : la conviction creuse qu’on a fait le bon choix, que de laisser la mort faire son devoir seule aurait été inhumain avec tout l’amour qu’on porte, il n’empêche que le geste reste le même. On peut, on doit mettre fin à ses jours, mais au fond, on le veut pas. La vie nous apprend cruellement via la mort qu’on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut.
Irocco 03/09/07 - 04/09/09

Une pensée également pour Marcel, de Memo-rat-ble



Cette chronique est magnifique, elle m'a beaucoup ému, et c'est les larmes aux yeux que ma lecture s'est achevée. Elle évoque vraiment les sentiments que j'éprouve à la pensée de mon premier rat, Titoune.
Vraiment, très bel article Ananas49